Ce que l’IoT apporte à la mobilité intelligente

Written by Helena Furgoni

10th September 2019

53,8 milliards d’euros. C’est le total des investissements en R&D dans le secteur de l’automobile en 2018. La question est : combien ont été dépensés pour alléger la problématique de la gestion de trafic ? Est-ce qu’autant ont été dépensés pour le développement de solutions intelligentes concernant la mobilité au sein des villes ?

On a longtemps cherché à proposer un déplacement toujours plus rapide, plus sûr, moins cher… Sans pour autant chercher à proposer un déplacement qui s’inscrit dans le contexte global de la circulation en ville. Jusqu’à aujourd’hui, peu nombreuses étaient les recherches considérant la circulation comme un écosystème plus que comme un agglomérat de moyens de transports tous plus performants les uns que les autres. Mais s’est-on-attaqué au vrai problème ?

Dans cet article, nous verrons comment au-delà de la Smart City, l’IoT s’inscrit dans le développement d’une mobilité intelligente, afin de créer la nouvelle « Fluid City ».

Une brève définition

Alors qu’est-ce que la mobilité intelligente ? De nos jours, l’univers des transports est marqué par l’innovation technologique, et prend la forme aussi bien de voitures autonomes que de trottinettes électriques. C’est pourquoi il est indispensable d’inscrire toutes ces nouvelles solutions au sein d’un même écosystème.

Il est très facile de faire un raccourci entre mobilité intelligente et outils numériques, capteurs, collecte de data… uniquement. Mais il existe un sens plus large, celui d’une mobilité ayant pour finalité d’utiliser un maximum de données préalablement collectée grâce aux solutions IoT, au service de la création de nouveaux systèmes de transport plus efficaces, mais également plus respectueux de l’environnement.

En s’intéressant à la mobilité intelligente, on peut entendre l’abréviation STI (pour Système de transport intelligent). Que désigne exactement cette abréviation ? Young-Jun Moon, Chercheur principal et Directeur du Centre national de recherche-développement dans les technologies des transports à l’Institut coréen des transports, la définit comme telle :

« (L’abréviation STI) désigne la technologie appliquée aux transports et aux infrastructures pour communiquer des informations entre des systèmes de manière à améliorer la sécurité, la productivité et la performance environnementale. Cela inclut des applications autonomes telles que les systèmes de management de la circulation routière, les systèmes d’information et les systèmes d’alerte installés dans les véhicules individuels, mais aussi les systèmes coopératifs SIT pour la communication d’informations entre véhicules, ou entre véhicules et infrastructures. »

Dans le contexte de l’IoT, un mot ressort dans cette définition : le mot « communiquer ». Cette communication des informations entre les systèmes démontre la place importante voire fondamentale que tient l’Internet des Objets dans le développement de systèmes intelligents de transport, en corrélation directe avec la problématique de mobilité intelligente.

Un objectif plus qu’un outil

La mobilité intelligente ne peut pas être considérée comme un outil en temps que tel, mais plutôt comme un but à atteindre au sein d’une Smart City avide de solutions durables et éco-responsables.

Les données récoltées via des solutions IoT, et qui sont un pilier central dans l’élaboration d’une politique de mobilité intelligente, vont aider à résoudre plusieurs problématiques que peuvent rencontrer les villes aujourd’hui. On retrouve notamment l’encombrement du trafic, auquel les solutions connectées vont apporter des réponses rapides face à un problème qui ne va qu’en s’empirant. Comment ? En connectant par exemple les feux de circulation permettant une circulation plus fluide. Mais également via des caméras, des capteurs, des applications mobiles entre autres, qui vont permettre de traiter les changements d’itinéraire dus aux accidents de la route ou aux ralentissements de la circulation. Les possibilités semblent infinies, et l’impact serait significatif sur tout le réseau urbain.

Les solutions concernant la sécurité ne sont pas en reste ! La circulation est souvent perturbée, voire complètement interrompue, en cas de pannes sur le réseau, de mauvais temps, ou encore de modification de la voirie… L’IoT permet de traiter ces informations en temps réel, de créer des itinéraires de rechange, d’organiser des travaux de réparations quasi immédiats… assurant donc à la population l’accès le plus serein et le plus sûr possible aux transports publics. Ces solutions sont permises grâce à des capteurs, des caméras, ou encore des arrêts de bus/de métro connectés…

Ces solutions permettent de fluidifier le trafic, mais également de réduire l’impact de nos déplacements sur l’environnement. Réduire les accidents, éviter les pics de pollution, attribuer des solutions de mobilité aux zones qui en ont le plus besoin… autant d’objectifs accessibles grâce à la mobilité intelligente. Mais ces avancées technologiques doivent également être complétées par la compréhension profonde des raisons pour lesquelles l’on se déplace, et catégoriser ces déplacements au sein de grands ensembles afin d’optimiser les solutions proposées.

Prenons par exemple une collectivité rurale recherchant une mobilité innovante, et qui doit tenir compte de la difficulté d’accessibilité du lieu de travail, ou de son isolation par rapport aux habitations : elle peut proposer une solution d’autopartage ou de covoiturage permettant un déplacement dans des zones non desservies par des transports en communs rares, voire inexistants. D’un autre côté, les zones urbaines peuvent se permettre d’encourager la population à adopter des moyens de transports alternatifs à la voiture individuelle en proposant par exemple des vélos ou trottinettes électriques. Néanmoins, l’autopartage est également une solution permettant de réduire les congestions en milieu urbain : si la réponse est la même que pour les zones rurales, l’objectifs est toutefois bien différent.

Le rôle de la Data

Plusieurs types de données peuvent être exploitées dans le cadre de solutions de transport intelligent : la vitesse, le temps de parcours, la position… Ces données sont collectées via des capteurs placés dans le paysage urbain, sur les moyens de transport, ou encore par l’intermédiaire d’applications mobiles. Pour offrir une vue d’ensemble de l’état de la circulation, ces données doivent être rassemblées et mises à disposition des différentes entités en charge des transports. A savoir, aujourd’hui, que les données concernant la circulation des personnes et des véhicules sont presqu’exclusivement collectées par les opérateurs mobiles. 

Le traitement des données permet de tracer en temps réel un état des lieux de l’état de la circulation, afin de trouver les solutions optimales le plus rapidement possible. Un travail d’analyse, effectué par une IA, est essentiel, et est généralement mis en oeuvre par les collectivités elles-mêmes. Ces analyses sont également indispensables pour rendre compte des problèmes associés aux moyens de transport déjà existants, et proposer des solutions intelligentes et des services adaptés aux problématiques du territoire.  

Se pose l’enjeu de la protection des données personnelles, notamment sur le principe de poser un capteur sur un véhicule. Si cet état de fait ne propose pas pour certains une réponse satisfaisante, il faut prendre en considération que cette pratique se démocratise de plus en plus, allant de l’équipement de moyens de transport alternatifs (bicyclettes, trottinettes…) aux flottes de véhicules électriques dépendantes de la position des points de recharge. L’un des enjeux aujourd’hui serait d’ailleurs d’équiper ces moyens de transport de tracker à bas coût, afin de démocratiser l’utilisation de l’Internet des Objets. Difficile, donc, de rejeter aujourd’hui toute la data collectée sur nos déplacements et usages tout en profitant des solutions plus sûres et écoresponsables proposées aujourd’hui.

Quels enjeux en 2019 ?

Le 18 Juin à 16h, l’Assemblée Nationale adoptait le Projet de Loi à l’Orientation des Mobilités, projet qui consiste à proposer des transports au quotidien moins coûteux, plus faciles, et plus propres, et ce à tous les citoyens sans distinction. En effet, un fort sentiment d’injustice est vécu par un nombre non négligeable de français : dans les zones rurales, aux vues du prix du carburant et du peu voire de l’absence totale de moyens de transports proposés en dehors de la voiture individuelle, certains parlent d’une « assignation à résidence ». Les collectivités se tournent donc vers les solutions IoT et les modes de transport alternatifs pour renforcer l’attractivité de leur territoire.

Les citoyens pourraient alors se tourner vers des transports plus sûrs et plus écologiques, tout ça grâce aux informations provenant de la data récoltée par l’Internet des Objets, ayant par exemple pour but une automatisation future des solutions proposées.  

L’interopérabilité, soit la capacité qu’ont des éléments et systèmes différents de communiquer ensemble, est également un enjeu majeur dans le développement de la mobilité intelligente au sein de la Smart City. Dans un souci de durabilité et d’efficacité des systèmes, les équipement doivent être basés sur des standards afin d’être toujours compatibles entre eux. Aujourd’hui, il est fréquent d’être dans l’obligation de renouveler l’intégralité des éléments lorsqu’une modification doit être apportée : ce renouvellement continu soulève également la problématique d’un comportement éco-responsable, élément essentiel au développement de la Smart City.

Et la voiture autonome dans tout ça ?

Qui arrivera la première ? La voiture dédiée aux services partagés, gérée par les territoires, et mise en circulation sur des voies dédiées ? Ou la voiture individuelle ?

En visant plus large que les voitures autonomes, les solutions IoT offrent de nombreuses possibilités pour décupler le potentiel de la voiture connectée. Navigation améliorée, informations en temps réel sur le trafic, intégration de tableaux de bord, applications associées aux devices portables… Les possibilités semblent infinies.

Aux problématiques de la sécurité et de la mobilité, l’on peut rajouter la problématique de la durabilité. Comment cela s’applique-t-il dans le monde de l’IoT ? Tout simplement par la récolte et le traitement de la data, additionnée à une analyse fine du comportement des usagers, qui permettront d’harmoniser ces trois enjeux. Grâce à différentes solutions (à l’image de l’automatisation de la voiture autonome) il sera possible de proposer des moyens de connecter les infrastructures et installations, ainsi que des moyens de transport sûrs, intelligents, et verts.